Le défilé de Comme des Garçons est devenu un aimant pour les jeunes passionnés de mode, les étudiants et les fans de Rei Kawakubo, qui se rassemblent à l’extérieur du lieu, frémissants d’excitation. L’énergie à l’extérieur était palpable, mais elle a rapidement été surpassée par les voix puissantes des chanteuses folkloriques bulgares, donnant le ton à une collection portant un message profond. Le mari de Kawakubo, Adrian Joffe, a ensuite expliqué le symbolisme derrière le défilé : « le petit peut être puissant ». La collection était une critique de la domination écrasante des grandes entreprises, des systèmes mondiaux et de la culture d’entreprise, célébrant plutôt les petits moments intimes et significatifs qui se produisent partout. Mais dire « un peu fatigué » était un euphémisme pour ce qui s’est déployé sur le podium. Le défilé de cette saison ressemblait à une protestation audacieuse – contre le patriarcat, le système de la mode et les structures rigides du pouvoir. Il a commencé par une déclaration frappante : des tissus pour vêtements masculins comme les rayures, les carreaux et les flanelles grises ont été transformés en formes grotesques et inhumaines, symbolisant les uniformes oppressifs de la vie d’entreprise.

Puis, le récit a basculé. Des couches de féminité ont commencé à émerger – des robes cocktail rouges et violettes, une crinoline de velours volumineuse, et enfin, des cascades de satin rose, rouge et pastèque évoquant un véhicule blindé de haute couture. La bande-son, mettant en avant les chanteuses folkloriques bulgares, a ajouté une autre couche de sens. Comme l’a expliqué Joffe, la musique représentait « les travailleurs dans les champs, la récolte, les familles, accomplissant des choses ensemble ». Cette imagerie résonnait profondément avec la vision de Kawakubo de l’indépendance et de l’effort collectif dans un monde dominé par les méga-corporations. Elle reflétait également l’éthos de Dover Street Market, la plateforme créée par Kawakubo et Joffe pour soutenir les designers émergents et indépendants qui pourraient autrement être négligés dans le paysage actuel de la mode.

À l’extérieur du défilé, l’adoration pour Kawakubo était indéniable. Elle a longtemps été une voix prophétique dans la mode, avertissant de ses crises imminentes. Mais maintenant, alors que ces crises se déroulent, son travail offre un contrepoint : une célébration du pouvoir collectif du petit, du ludique et du féminin. La collection de cette saison était un test de Rorschach visuel, avec des volants en résille, des guirlandes, des tutus et des nœuds conceptuels prenant progressivement le dessus, symbolisant un triomphe de la légèreté, de la joie et de la résilience. C’était un rappel que, même face à des systèmes écrasants, il y a de l’espoir dans la créativité, la collaboration et la beauté du petit.