Après avoir présenté Sugar for the Pill lors de la 10ᵉ édition du PhotoVogue Festival : Women by Women, Lexi Hide réfléchit aux souvenirs, aux amitiés et aux moments de rébellion qui ont façonné son univers photographique.

Lexi Hide, Dust it Off

Uniformes scolaires, genoux écorchés, chambres, feux d’artifice, instants entre danger et ennui : Sugar for the Pill de Lexi Hide est un retour à l’adolescence féminine. La série tire son nom du morceau shoegaze de Simon Scott & Slowdive sorti en 2017, une chanson empreinte de nostalgie, de distance et de la tristesse du regard en arrière. Comme la chanson, les photos de Hide oscillent entre mémoire et imagination, où le passé reste émotionnellement intense mais toujours hors de portée.

Lexi Hide, Poison Ivy

Lexi Hide, Look at You

Les scènes adolescentes dans Sugar for the Pill ne sont pas purement autobiographiques. Elles sont façonnées par l’imaginaire culturel d’une génération qui a grandi pendant les années Tumblr de 2012 à 2015, marquées par la mélancolie rêveuse de la musique indie et la jeunesse insouciante vue dans des films comme Kids (1995) et Palo Alto (2013). Même les titres des photos de Hide proviennent de chansons du début des années 2010 à aujourd’hui, formant une playlist générationnelle avec des artistes comme Unknown Mortal Orchestra, Japanese Breakfast, Phoebe Bridgers et Ethel Cain.

Mais Sugar for the Pill n’est pas une vision romancée de l’adolescence. Hide explore comment les souvenirs de jeunesse se construisent à travers un mélange continu d’expériences réelles et de références culturelles, où la frontière entre réalité et fiction commence à s’estomper.

Lexi Hide, I Know The End

Quand vous avez commencé Sugar for the Pill en 2023, l’adolescence était encore une partie récente de votre vie. Qu’est-ce qui vous a poussée à revisiter cette période à travers la photographie ?

L’adolescence était une période où tout semblait incroyablement intense. Il y avait un sens du jeu et de la spontanéité que je n’avais pas ressenti de la même manière depuis. Créer les images de Sugar for the Pill avec mes amies proches est devenu une façon de renouer avec cette énergie ludique. J’avais vingt-quatre ans, donc je n’étais plus une adolescente, mais je ne me sentais pas non plus complètement adulte, et ces années étaient encore très proches émotionnellement. D’une certaine manière, me tourner vers elles était aussi une façon de repousser l’idée de l’âge adulte.

Lexi Hide, So Good at Being in Trouble

Comment vos souvenirs d’adolescence trouvent-ils leur place dans Sugar for the Pill ?

Toutes les photos ne renvoient pas à un moment précis. Certaines sont des références directes à des choses qui se sont produites, tandis que d’autres capturent simplement l’ambiance émotionnelle d’une certaine époque ou d’un certain sentiment.

L’image d’une fille assise devant des feux d’artifice est vaguement basée sur un souvenir de la Nuit de Guy Fawkes. Je traînais avec des amis dans un parking ; il y avait de grands feux d’artifice, et un morceau de braise brûlante est tombé sur ma poitrine. C’était douloureux, mais aussi étrangement beau — un moment de peur, d’émerveillement et de stupéfaction. En recréant l’image, j’ai essayé de retrouver cette même intensité émotionnelle.

Lexi Hide, Be Sweet

Lorsque vous créez une photographie, essayez-vous de retrouver un sentiment, un souvenir ou une version passée de vous-même ?

Il s’agit surtout de retrouver un sentiment. La photo avec l’uniforme scolaire a une histoire très personnelle derrière elle. L’uniforme venait d’une école anglicane où je suis allée, que je trouvais extrêmement contrôlante. J’ai passé ces années à me battre contre l’institution de toutes les manières possibles. Je causais toujours des problèmes jusqu’à ce que je finisse par être expulsée. Utiliser l’uniforme dans la photo est devenu une façon de poursuivre cette rébellion et de leur causer à nouveau des ennuis.

Lexi Hide, Everybody Wants to Love You

Lexi Hide, Internet Friends

Lexi Hide, Sing for a Stranger

Lexi Hide, All You Gotta Be When You’re 23 is Yourself

Les mondes mis en scène de Sugar for the Pill sont construits autour de l’amitié, de la performance et du jeu. Ces éléments étaient-ils déjà présents lorsque vous avez commencé à prendre des photos ?

Quand mes amies et moi étions adolescentes, nous passions des journées entières à créer des séances photo et à réaliser des images ensemble. C’était moins une question de photographie que de jeu avec l’identité — interpréter différentes versions de nous-mêmes. Au début, cela me semblait un peu intimidant, mais j’ai lentement réalisé que j’aimais être derrière l’appareil : diriger, organiser et façonner une scène. Être avec mes amies me permettait aussi d’être un peu autoritaire et de prendre le contrôle total de chaque détail. Ces premières expériences m’ont donné la confiance et le sens du contrôle que j’apporte encore dans mon travail aujourd’hui.

Lexi Hide, It Hurts Until it Doesn’t
Lexi Hide, Let all the poisons that lurk in the mud seep out

Votre travail crée un fort sentiment de nostalgie tout en montrant qu’il s’agit de quelque chose de construit. Qu’est-ce qui vous attire dans cette tension ?

La photographie est naturellement nostalgique parce que chaque image appartient instantanément au passé. Mais je ne veux pas utiliser la nostalgie comme un raccourci facile. Dans mon travail, la nostalgie est le sujet, pas la méthode. J’inclus délibérément des objets et des détails contemporains qui montrent clairement que ces images n’auraient pas pu être prises pendant mes véritables années d’adolescence. La nostalgie elle-même est mise en scène. Les photos créent un faux sentiment de souvenir, et cette contradiction est centrale dans le travail.

L’adolescence est souvent romancée dans la culture populaire. Comment gérez-vous la tension entre la beauté de ces souvenirs et leurs aspects plus difficiles ou inconfortables ?

Toute mémoire est peu fiable. On ne sait jamais vraiment à quoi se fier. Certains souvenirs de cette époque sont beaux, et d’autres sont très douloureux. Même les bons impliquent souvent des comportements qui semblent aujourd’hui extrêmes. Nous étions imprudents avec nous-mêmes et les uns avec les autres. Il y avait une cruauté et une insouciance qui venaient avec le fait d’être jeune et de ne pas comprendre les conséquences de nos actes. L’adolescence n’était pas seulement belle — elle était chaotique, dramatique et parfois destructrice.

Images par Lexi Hide

Foire aux questions
Voici une liste de FAQ sur Sugar for the Pill : La fausse nostalgie dans les scènes adolescentes de Lexi Hide, couvrant des concepts de base et plus approfondis.



Questions pour débutants



1 Que signifie Sugar for the Pill dans ce contexte

C’est une métaphore. La pilule est la dure réalité de grandir. Le sucre est la fausse nostalgie que nous utilisons pour rendre cette réalité plus facile à avaler — comme prétendre que le passé était meilleur qu’il ne l’était réellement.



2 Qu’est-ce que la fausse nostalgie

C’est un désir pour un passé qui n’a jamais vraiment existé. Dans le travail de Lexi Hide, c’est quand les personnages ou l’art lui-même romanticisent des moments adolescents comme parfaits, ignorant l’anxiété, la maladresse ou la solitude qui étaient réellement présentes.



3 Qui est Lexi Hide

Lexi Hide est l’artiste qui a créé la série Scènes adolescentes. La FAQ analyse comment son travail trompe les spectateurs en leur faisant ressentir de la nostalgie pour une jeunesse présentée comme plus douce qu’elle ne l’était vraiment.



4 La fausse nostalgie est-elle une mauvaise chose

Pas nécessairement mauvaise, mais elle peut être trompeuse. C’est un mécanisme d’adaptation. Le travail de Hide montre comment nous éditons souvent nos souvenirs pour éviter la douleur. Le mauvais côté, c’est quand cela nous empêche de voir nos expériences réelles ou nous pousse à rechercher un passé parfait impossible.



5 Pouvez-vous donner un exemple simple tiré des Scènes adolescentes

Une photo d’une adolescente allongée sur le sol d’une chambre en désordre avec des guirlandes lumineuses. La scène semble rêveuse et douillette. Mais le moment réel était peut-être rempli d’ennui, à envoyer des SMS à un ami qui n’a pas répondu ou à se sentir coincée. La fausse nostalgie consiste à ne voir que la partie douillette.



Questions avancées



6 Comment le travail de Hide crée-t-il spécifiquement une fausse nostalgie

Elle utilise des astuces visuelles spécifiques : un éclairage doux et chaud, des couleurs légèrement délavées et un cadrage qui coupe le désordre ou les visages mécontents. Elle programme aussi les scènes au crépuscule ou tôt le matin, ce qui donne l’impression de souvenirs en train de se former. Cela pousse les spectateurs à projeter leurs propres souvenirs idéalisés sur les images.